Au fur et à mesure que l’intensité des violences intestines à Gaza s’aggrave considérablement, le niveau d’alerte en Israël et aux Etats-Unis augmente au
sujet de ce qui est en train de se passer dans cette zone.
L’attitude de sagesse qui prévaut depuis maintenant quelques temps consiste à dire que l’approche la plus constructive reste de s’engager à renforcer le
Fatah de façon à ce qu’il puisse vaincre le Hamas, qui a fréquemment le dessus (sur le Fatah).
Cette façon d’envisager le problème a récemment favorisé, de la part de l’administration américaine, l’envoi d’une allocation de 56 millions de $, destinée à
renforcer « les Forces loyales [au Président de l’AP et chef du Fatah] Mahmoud Abbas. ». Actuellement, c’est cette même conception qui autorise une demande faite aux Etats-Unis
qu’Israël accepte le transfert d’armes, de munitions et d’équipement militaire depuis la Jordanie ou l’Egypte, toujours au profit des « Forces loyales d’Abbas ».
Selon le Jérusalem Post, « le premier ministre Ehud Olmert a récemment laissé entendre durant des réunions à huis-clos qu’à cause de toute leur
corruption et d’un fatras d’autres problèmes, le Fatah se sent dans l’obligation de déclarer qu’il a intérêt au dialogue (avec Israël) et reste favorable à une solution pour
deux-Etats.
Le Hamas, a-t-il fait remarquer, est moins corrompu, mais ne cache absolument pas son désir d’annihiler Israël », a-t-il ajouté avec une insistance
particulière.
Il serait difficile d’avancer un argument plus tentant pour soutenir Abbas.
Olmert - de concert avec le Président Bush et plusieurs autres chefs d’Etat - continue de suivre l’école de pensée selon laquelle « Abbas est ce qu’il y
a de mieux (le moins pire) pour nous, de fait, nous ne disposons pas d’autre choix que de continuer avec lui ».
Il est flagrant qu’Olmert n’accorde que peu de crédit à ce que le Fatah peut bien dire ; mais, plus crucial, ce qui sous-tend sa position, c’est le
malaise qui résulte du fait de savoir que le Fatah n’est pas plus exempt de tout désir de détruire Israël, mais que cependant, et contrairement au Hamas, il parvienne encore à le
dissimuler.
Ceux qui promeuvent cette espérance qu’Abbas et son mouvement, le Fatah, finalement se retourneront pour s’affirmer comme le camp de la modération vivent
dans une bulle qu’ils se sont eux-mêmes construite.
Le correspondant du (J) Post, Khaled Abu Toameh a récemment créé une sérieuse brèche dans cette bulle.
A cette fin, Toameh a souhaité partager (avec le public) quelques informations élémentaires : le Fatah dispose de 20 à 30 000 miliciens dans la
bande de Gaza ; en supplément, il faut leur ajouter 40 000 policiers et officiers des services de sécurité appartenant à diverses forces de sécurité, presque toutes loyales à Abbas et
au Fatah. Le Hamas, au total, n’est composé que de 15 000 miliciens à Gaza, appartenant soit à l’aile militaire du Hamas, Ezzeddin al-Qassam, soit à sa force exécutive
paramilitaire.
Non seulement les milices du Hamas sont largement dépassées en nombre par celles du Fatah, mais, de plus, elles sont bien moins entraînées
qu’elles.
En dépit de cette apparente disparité en nombre absolu, les forces du Fatah n’ont cependant pas réussi à vaincre le Hamas à plate couture parce que
toutes les composantes du Fatah ne se sont pas engagées dans la bataille.
En réalité, plusieurs de ces groupes sont très clairement opposés et expriment une réticence considérable à se battre contre leurs compagnons
palestiniens.
Un nouvel apport en armes, en munitions et en équipement militaire ne changerait strictement rien à cette situation. Mais, l’Administration Bush
continue de faire comme s’il en irait ainsi.
Ce n’est pas le seul problème. De la façon dont les choses tournent actuellement, la réticence du Fatah à combattre effectivement le Hamas n’est
même pas la pierre d’achoppement qui empêche une victoire des Forces modérées au sein de l’Autorité Palestinienne.
Cela dépend aussi de la connexion du Fatah avec l’Iran.
L’inféodation du Hamas à l’Iran est un sujet ouvertement discuté et aujourd’hui largement connu de tous.
Pour autant que le Fatah soit concerné, le problème est plus complexe ; mais les relations sont bel et bien établies.
En mars (2007), le Brigadier Général Shalom Harari, un expert de haut niveau, chercheur au sein de l’Institut pour le Contre-Terrorisme (ICT) du Centre
interdisciplinaire d’Herzlyia, a rédigé une note de synthèse pour le Centre des affaires publiques de Jérusalem (JCPA) dans laquelle il écrit : « il existe
une alliance stratégique croissante entre l’Iran et les forces palestiniennes radicales dans les Territoires. L’Iran s’implique autant dans le soutien aux factions islamiques qu’auprès du Fatah.
Aujourd’hui, pas moins de 40% des différents groupes combattants du Fatah sont, au même titre, payés par le Hezbollah et l’Iran »
Corroborant les analyses d’Harari, le Major-Général Yoav Galant, chef du Commandement-Sud de Tsahal, a rédigé une autre note de synthèse pour le JCPA, un
mois plus tard, dans laquelle il faisait observer : « Il y a quelques années, les Brigades des Martyrs d’Al Aqsa du Fatah en Judée-Samarie ont été achetées
par l’Iran ».
Des points réguliers émanant de différentes sources sécuritaires et du Renseignement ont fourni une confirmation supplémentaire à cette information. Le
financement du Fatah par l’Iran ne se fait pas par des canaux directs, mais est réalisé sous la conduite du Hezbollah et parvient principalement par l’entremise des Brigades d’Al
Aqsa.
Le Gouvernement d’Israël, vivant dans cette bulle inflationniste, maintient que les Brigades d’Al Aqsa, bien qu’étant originellement un sous-produit du
Fatah, ne sont plus partie prenante du Fatah et n’obéissent plus directement à Abbas.
Cette argutie rend possible de continuer à promouvoir l’idée d’un Fatah comme étant potentiellement modéré, malgré les connexions très radicales des Brigades
des Martyrs d’Al Aqsa.
Quoiqu’il en soit, les Experts réfutent ce scénario. Selon une source de renseignement qui procure des informations sur le dessous des cartes :
« Abbas reste formellement le Commandant en chef des Brigades d’Al Aqsa ... Il ne conserve apparemment que très peu de rapports avec elles de façon à
conforter sa stratégie de déni... Mais, en privé, il soutient les Brigades d’Al Aqsa. L’argent frais américain à l’intention des agences de sécurité de l’Autorité Palestinienne est aussi bien
redirigé vers les Brigades d’Al Aqsa. D’ailleurs, Abbas s’est assuré que la plupart des hommes des Brigades d’Al Aqsa sont bien inscrits sur le registre du personnel (de
l’AP) ».
Le Colonel (de réserve) Jonathan Fighel, qui était précédemment membre des services de renseignements de Tsahal (Aman) et qui est aujourd’hui chercheur de
pointe pour l’Institut du Contre-Terrorisme (ICT Herzliya), a exprimé le regret que le Gouvernement israélien maintienne sa position : « Cette information
trompeuse - NdT : du « divorce » entre Fatah et Al Aqsa- n’est exposée que dans le seul but de justifier la continuation du Dialogue avec lui (Mahmoud
Abbas)... », a-t-il déclaré.
« Autant que je sache, les Brigades d’Al Aqsa restent bel et bien partie intégrante du Fatah. L’affirmation qu’il
s’agit d’une faction particulièrement indisciplinée est vraie. Mais elle appartient également de plein droit au Fatah et restent parfaitement fidèle à son agenda. Leur violence peut aussi être
utilisée par Abbas lui-même à des fins politiques ».
Et sa conclusion est la suivante : « On devrait être particulièrement vigilants à l’égard de l’affirmation
palestinienne selon laquelle les Brigades d’Al Aqsa sont totalement séparées (indépendantes), ce qui est absolument faux ».
Il serait naïf à l’extrême d’endosser l’illusion parfaite selon laquelle Abbas n’est pas averti du soutien iranien procuré à une milice qui lui est fidèle,
ou encore qu’il hésiterait à utiliser ces moyens mis à sa disposition pour parvenir à ses propres fins.
Les conséquences (de ces observations) sont gigantesques et vont à l’encontre de toute conception selon laquelle il pourrait être un
« modéré ».
Face à de telles évidences, la décision, sans contestation possible, de continuer de tenir le Fatah à bouts de bras apparaît assurément une très mauvaise
idée.
Arlène Kushner, native des Etats-Unis est auteur(e) et écrivain d’investigation à Jérusalem. Le coulisses de l’UNRWA est
pour elle un sujet fréquent d’investigation. Elle a rédigé des rapports décisifs sur ce thème pour le Centre de Recherche sur la politique Proche-Orientale, et a écrit des articles portant
sur l’UNRWA pour Azure Magazine, le Jérusalem Post et Front Page Magazine.
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