Dimanche 2 septembre 2007

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Les déclarations du Président Nicolas Sarkozy mardi dernier sur des sanctions plus dures contre l’Iran pour son programme d’armes nucléaires ont légitimement réchauffé de nombreux cœurs. Les remarques de Sarkozy, comme le voyage de son ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner la semaine dernière en Irak, ont marqué une rupture rafraîchissante avec l’anti-américanisme automatique de son prédécesseur Jacques Chirac.
 
Pourtant, alors que le soutien ouvert de Nicolas Sarkozy à des sanctions contribue à le distinguer de Chirac, la justification de sa position montre que malgré beaucoup de changements, beaucoup de choses sont restées les mêmes en France.
Selon l’éclairage de Sarkozy : " Cette initiative [de sanctions] est la seule qui puisse nous permettre d’échapper à l’alternative que je ne peux qu’appeler catastrophique : une bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran ".
Félicitant Sarkozy mercredi dernier, le ’Wall Street Journal’ a rapidement rapproché ses remarques avec celles faites par le Sénateur John Mc Cain il y a quelques mois sur la perspective d’une frappe militaire des USA contre les installations nucléaires de l’Iran.
Mc Cain a déclaré : " Il n’y a qu’une seule chose pire que les Etats-Unis appliquant l’option militaire ; c’est un Iran doté de l’arme nucléaire ".
 
Mais ces déclarations ne sont pas les mêmes. Un abîme moral les sépare. A l’opposé de Mc Cain, Sarkozy ne fait pas de distinction morale entre un Iran doté de l’arme nucléaire et une frappe militaire destinée à empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire. Pour lui, ce sont les mêmes.
La cécité morale de Sarkozy plonge ses racines dans le traitement instrumental par l’Europe de l’héritage de l’après Seconde Guerre Mondiale. Pour les Européens - et d’abord et avant tout, pour les Allemands, et les Hollandais, et les Français et les Belges qui ont collaboré avec les Allemands pendant cette guerre - la principale leçon de le Seconde Guerre Mondiale a été que le militarisme et le nationalisme sont mauvais.
Cette vision a formé l’adhésion idéologique de l’Europe au pacifisme et au trans-nationalisme.
 
Mais en vérité, le militarisme et le nationalisme n’ont pas provoqué la Seconde Guerre Mondiale. La vraie cause de la guerre a été la décision de l’Allemagne d’adopter le mal et la dépravation comme guide philosophique, et la volonté des nations d’Europe qui collaboraient avec les autorités allemandes d’adhérer aussi à ce mal.
C’est-à-dire que le véritable héritage de la guerre est de nature morale, et la vraie leçon à retenir de cette guerre n’est pas que les nations doivent être toutes elles-mêmes englouties dans des entités transnationales, ou bien qu’elles doivent esquiver la guerre à tout prix. Bien plutôt, la vraie leçon de la guerre est que les nations devraient adhérer à la morale qui sanctifie la vie et la liberté, et qui tient les hommes et les femmes pour responsables de leurs choix.
 
Le refus de l’Europe de croire en cette vérité centrale est ce qui conduit des dirigeants comme Sarkozy à ignorer aujourd’hui la vraie raison pour laquelle l’Iran ne doit pas acquérir d’armes nucléaires. Comme régime qui adopte le mal et prêche le génocide et la domination mondiale, on ne peut se fier à l’Iran détenteur d’armes de génocide et de domination mondiale.
Une guerre menée pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire est préférable et moins catastrophique qu’une guerre que l’Iran mènerait s’il devait acquérir des armes nucléaires.
 
L’Europe est loin d’être seule dans son refus d’accepter et de faire face au véritable héritage de ses guerres. L’humanité dans son ensemble préfère plus souvent qu’à son tour échapper aux difficiles leçons de la guerre - et en particulier des guerres perdues.
Nous voyons cela très clairement aujourd’hui dans le monde islamique, où les forces du jihad mondial fondent leurs efforts pour détruire la liberté humaine sur le refus d’accepter les raisons pour lesquelles les nations occidentales, organisées autour de la notion judéo-chrétienne de liberté humaine, ont vaincu leurs forces à la guerre au cours des cinq siècles passés.
 
Le refus de prendre en compte les leçons de la guerre est aussi la caractéristique unificatrice centrale de la classe dirigeante politique et intellectuelle d’Israël. Les dénis de l’establishment israélien concernant les leçons de son histoire militaire ont commencé à la fin de la guerre de Yom Kippour, et se sont prolongés avec la guerre du Liban en 1982, la révolte palestinienne de la fin des années 1980, le processus d’Oslo, le retrait du Liban en 2000, le retrait de Gaza en 2005, et la guerre du Liban l’été dernier.
 
Au milieu de tous ces faux-fuyants, quelque chose de rafraîchissant, et en vérité d’exaltant se produit aujourd’hui en Amérique. Là, un débat sur l’héritage d’une guerre perdue et impopulaire a récemment commencé sérieusement. Cette guerre bien sûr, c’est la Guerre du Vietnam.
Mercredi dernier, le Président des USA George W. Bush a fait un discours devant les Anciens Combattants des Guerres Etrangères, au cours duquel il a discuté des conséquences pour l’Amérique de la défaite au Vietnam.
Bush n’a pas parlé de la guerre elle-même. Il n’a pas relié l’échec du président d’alors, Lyndon Johnson, à expliquer la guerre au Peuple américain à la décision des média des USA, prise autour de 1967, de rechercher activement la défaite américaine aux mains des soviétiques et des communistes chinois soutenant le Nord Vietnam.
Il n’a pas discuté la défaite des membres de la classe dirigeante américaine aux mains de leurs enfants.
Bush n’a pas fait mention du fait que le refus du Congrès de fournir une assistance militaire aux Sud Vietnamiens a rendu la perte de leur indépendance et de leur liberté une conclusion annoncée.
Il n’a pas discuté la façon dont le président d’alors, Gerald Ford, a trahi le Sud Vietnam quand il a refusé de leur apporter un soutien naval et aérien lors de l’invasion Nord-Vietnamienne en 1975.
Bush n’a pas du tout discuté les raisons pour lesquelles les USA ont subi une défaite.
Il a limité ses remarques aux conséquences de cette défaite au Vietnam, au Cambodge, au Laos, et sur la position des USA dans le monde jusqu’à aujourd’hui.
Il a noté que quelques deux millions de Cambodgiens sont morts aux mains du régime communiste meurtrier de Pol Pot, qui s’est emparé du pouvoir quand le Sud Vietnam a été envahi.
Il a rappelé les centaines de milliers de Sud Vietnamiens emprisonnés dans des camps de concentration, les dizaines de milliers qui furent tués, et les centaines de milliers qui prirent la mer dans des bateaux de fortune dans une tentative désespérée de trouver la liberté en Amérique qui venait de les abandonner.
 
Il releva les déclarations d’Oussama ben Laden et d’Ayman Zawahiri affirmant que la défaite des USA au Vietnam était la preuve que les USA peuvent être et seront vaincus par l’Islam.
 
Les media des USA ont réagi au discours de Bush par des crises de rage hystérique.
Le ’New York Times’, qui avec ’CBS News’ a conduit la guerre des media contre la défense des USA au Vietnam, a écarté les remarques du Président comme " bizarres ". Des réseaux importants de journaux et de télévision ont écorché Bush pour avoir rappelé le prix lourd et durable de cette guerre perdue, et pour prévenir la répétition de cette faute en adoptant la défaite en Irak.
 
La réponse de Christopher Hitchens au discours de Bush dans ’The Observer’ était emblématique des condamnations de la Gauche.
Hitchens écrit : " Si une question est bien résolue dans la mémoire américaine, et bien sûr internationale, c’est que la Guerre du Vietnam a été au mieux une bourde titanesque, et au pire une campagne d’atrocités et d’agression ".
 
Mais contrairement aux déclarations de Hitchens et de ses camarades, la question de la mémoire de l’Amérique au Vietnam n’a jamais été résolue. Ils ne sont jamais parvenus à dicter avec succès la mémoire nationale de l’Amérique, même s’ils sont parvenus à faire patauger le débat populaire sur l’histoire.
 
Cette semaine, l’auteur Robert Kaplan a publié un article dans ’The Atlantic Monthly’, pointant le fossé infranchissable entre les récits populaires de la Guerre du Vietnam, largement fondées sur les opinions sur cette guerre adoptées par Hitchens et le ’New York Times’, et la littérature sur la guerre lue par l’armée américaine.
Intitulée " Re-Lire le Vietnam ", Kaplan donne une revue de cette littérature qui, comparée au meilleures ventes de la Gauche, a été généralement publiée dans des éditions restreintes.
Ces livres disent les récits des soldats qui ont combattu au Vietnam. Ils rapportent l’héroïsme stoïque des prisonniers de guerre américains qui furent soumis à des années de torture physique, et d’abus psychologiques incessants pendant leur captivité dans des camps de prisonniers nord vietnamiens. Ils décrivent les tactiques de contre insurrection employées par des forces au Vietnam, qui parvinrent en 1970 à vaincre politiquement le Viet Cong sur 90% du Sud Vietnam.
Comme Kaplan le remarque, au cours des années récentes, ces livres se sont ajoutés à de nouveaux récits, comme "A Better War " de Lewis Sorley, qui étudie le succès stratégique des forces américaine et sud vietnamienne au Sud Vietnam dans les dernières années, après que le Général Creighton Abrams eût repris le commandement du Général William Westmoreland en 1968.
 
Après les attaques du 11 septembre, le public américain a commencé d’exprimer sa volonté de réévaluer le Vietnam. Cette ouverture toute neuve à la guerre s’est manifestée dans l’adoption tardive du public des Vétérans du Vietnam, dédaignés et réduits au silence à leur retour à la maison.
La force de cette adoption a été puissamment ressentie lors des élections présidentielles de 2004.
Candidat présidentiel du Parti Démocrate, le Sénateur John Kerry avait construit sa carrière politique sur la condamnation publique de ses frères d’armes, quand il se joignit au mouvement anti-guerre après avoir été libéré de la ’Navy’ américaine en 1970. Les Vétérans se sont unis, et avec un soutien public massif, ils ont lancé une campagne réussie contre lui.
 
Bien que la Gauche ait dénoncé Bush pour son utilisation de la Guerre du Vietnam comme avertissement de ce qui arrivera si les USA subissent une défaite en Irak, les opposants à la guerre ont fait un usage presque obsessionnel de la guerre du Vietnam comme moyen de convaincre le public américain que la guerre d’Irak ne peut pas être gagnée.
Exactement une semaine après l’invasion de l’Irak conduite par les USA en mars 2003, quelques uns des supports majeurs des media invoquaient déjà le Vietnam, et avertissaient qu’un " bourbier de même type qu’au Vietnam " allait suivre en Irak.
 
Dans une étude récemment publiée du traitement par les media de la guerre en Irak, le Weblog Internet "Media Busters" a relevé par la recherche d’un document que depuis mars 2003, le ’New York Times’ a publié quelques 2500 articles qui font à la fois mention du Vietnam et de l’Irak. CNN a rapporté plus de 3000 récits discutant des deux guerres parallèlement. Et le message est toujours le même : " de même qu’alors, de même aujourd’hui, les USA ne peuvent pas vaincre, et donc chaque vie américaine sacrifiée en Irak est sacrifiée en vain ".
 
Le défi de Bush à l’accueil de cette sagesse populaire sur la guerre du Vietnam est ainsi intervenu sur la toile de fond de ces courants croisés trans-culturels, qui forment aussi le débat actuel sur la guerre en Irak, et la guerre contre le fascisme islamique en général.
Bush doit être applaudi pour avoir soulevé la question de l’héritage du Vietnam. Son entrée dans le débat va accélérer sans aucun doute la réévaluation morale longtemps retardée de l’héritage du Vietnam - de la trahison par l’Amérique de ses alliés sud vietnamiens, et des conséquences de cette trahison sur l’image internationale de l’Amérique, et sur sa propre auto perception.
 
On peut espérer que l’ouverture toute nouvelle de l’Amérique sur les leçons du Vietnam provoquera une évaluation et une discussion renouvelées et réalistes en Amérique au sujet de la présente guerre contre le fascisme islamique.
Alors, peut-être la volonté de l’Amérique d’examiner les démons de son passé conduira-t-elle l’Europe et Israël, et peut-être même un jour le monde islamique lui-même, à étudier honnêtement leurs passés militaires respectifs.
Car jusqu’à ce que nous reconnaissions les causes de nos échecs antérieurs, nous serons condamnés à les répéter de façon incessante dans le temps.
 
Caroline B. Glick - Jewish World Review - Adaptation française de Sentinelle 5767 sur : http://www.desinfos.com/article.php?id_article=8068
 
Contribuant à la JWR, Caroline B. Glick est membre senior pour le Moyen Orient du "Center for Security Policy" [Centre pour la Politique de Sécurité] à Washington, DC et rédacteur en chef adjoint du " Jerusalem Post " en anglais.
 
par Ofek publié dans : Analyses géopolitiques internationales
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