Vendredi 28 mars 2008

 

« Stéphane Juffa m’a demandé d’écrire cet article afin de détailler la situation qu’il a parfaitement exposée dans son article récent "L’"Apaisement" mène à la guerre, pas à la paix". Une analyse que je conseille à tous ceux qui s’intéressent à la santé du monde, à celle du Moyen-Orient et au destin d’Israël, de s’injecter en intraveineuse, s’ils ne veulent pas se laisser surprendre par les événements fâcheux qui se préparent. Il faut, aussi, que nous remplissions notre rôle d’analystes, en ne permettant pas que l’avertissement lancé par notre rédacteur en chef soit saisi comme un exercice d’intellectuels, un avatar du conflit israélo-arabe, ou pire, qu’il passe inaperçu.

 

Ce qui se passe ces jours est très grave. La situation, due aux nouvelles fautes de timonerie du 1er ministre Ehoud Olmert, ressemble, en pire, à ce qu’elle était en juillet 2006, lors de la campagne du Liban ; les bombardements de Katiouchas en moins, en tous cas momentanément.

 

Olmert n’est pas capable de gérer une crise stratégique qui, manifestement, le dépasse. Ajoutez à son indécision naturelle, les casseroles juridiques qui l’empêchent de marcher, l’énergie que nécessite le traitement de son cancer de la prostate, la fragilité de sa coalition gouvernementale, les fantômes de ses bévues passées et les pressions internationales, et vous comprendrez alors, si ce n’est déjà fait, qu’il n’est pas l’homme de la situation. J’expose ce qui précède, non pour je ne sais quel désamour ad hominem – qui ne nous effleure même pas – mais parce que ces considérants interviennent immanquablement dans une évaluation stratégique. Pour notre part, nous serions prêts à être dirigés par un balai, si un balai pouvait prendre les décisions qui s’imposent.

 

La sensation de calme apparent qui prédomine sur la frontière libanaise, au bas de notre immeuble, est trompeuse. Au Sud, d’ailleurs, ce calme n’existe pas, puisque, la nuit dernière, 16 roquettes se sont abattues sur les agglomérations du pourtour de Gaza, faisant trois blessés à Sdérot. Mais les media de l’Etat hébreu, encouragés en cela par les communicateurs du bureau du 1er ministre, n’en ont presque pas fait état. Il ne faut pas gêner les délicats pourparlers en cours avec le Hamas et l’Egypte. L’organisation de la Résistance islamique a transféré ses Qassam et sa logistique au Djihad islamique, qui a tiré les salves de la nuit derrière. Selon les règles d’un jeu de rôle ridicule, le Hamas entend prétendre qu’il n’est pour rien dans ces tirs et qu’il reste un partenaire de négociations recevable. En réalité, ces tirs sont instrumentaux, et leur finalité consiste à faire pression sur Jérusalem afin qu’elle accepte le plus rapidement possible la Tadyé.

 

En matière stratégique, comme Juffa l’a exposé avant moi, la volonté du cabinet Olmert d’aboutir à une trêve avec le Hamas participe d’une erreur monumentale. Une erreur de nature à mettre en danger l’existence même de l’Etat d’Israël ou, à tout le moins, d’hypothéquer la vie de milliers de nos compatriotes et de prendre le risque, à brève ou moyenne échéance, d’un conflit régional sanglant.

 

Le risque, c’est l’action conjuguée d’une attaque du Hezbollah au Nord, de tirs massifs de roquettes au Sud, d’émeutes dans les Territoires et au sein de la population arabe-israélienne, avec participation, directe ou indirecte, de l’armé syrienne et de sa multitude de nouveaux missiles de fabrication russe. A cela, il est nécessaire d’ajouter la menace de Téhéran, qui dispose actuellement de missiles balistiques à rayon d’action suffisant pour véhiculer des armes de destruction massive en tous points du territoire d’Israël. Dans un laps indéterminé, mais pas infini, ce seront des ogives nucléaires que ces missiles transporteront.

 

Les intégristes de Gaza disposent déjà de missiles Grad pouvant toucher le port névralgique d’Ashdod. La trêve permettra, à coup sûr, d’étoffer cet arsenal et de préparer des plans de synchronisation d’attaque avec les partenaires du giron iranien. Le Hezbollah ne fait aucun effort pour dissimuler ses intentions : il n’est pas ici question d’une menace à venir mais d’intentions déclarées. Hassan Nasrallah n’a cessé de répéter, ces jours derniers, qu’au terme des quarante jours de deuil en mémoire de Mournyé, son organisation se déclarait en guerre ouverte avec l’Etat hébreu.

 

Des paroles en l’air ? Pas vraiment. Les plus récentes évaluation du renseignement militaire mentionnent "un arsenal de 40'000 roquettes – contre 20'000 en juin 2006 -, comprenant au moins 2'000 engins dont le rayon d’action est suffisant pour atteindre Beer-shev’a".  

 

Dans le camp d’en face, on se prépare à la guerre, c’est une évidence. La Syrie a massé, cette semaine, trois divisions – 35 000 hommes – sur sa frontière avec le Liban. Au Liban même, les bases de miliciens palestiniens aux ordres de Damas, dans la plaine de la Bekaa, sont en effervescence.

 

Au large de Beyrouth, avec pour mission de parer à toute agression syrienne ou hezbollahnie contre le gouvernement libanais légitime, des navires de guerre de l’US Navy sont sur le qui-vive permanent. Là, le scénario envisagé est une confrontation entre le Hezbollah, l’Iran et la Syrie, d’une part, contre le contingent de l’ONU, la flotte américaine, les milices sunnites, druzes et celles des Forces Libanaises chrétiennes, Israël, de l’autre. Le risque immédiat consistant en une tentative des supplétifs chiites de la Syrie de renverser le gouvernement de Fouad Siniora, pour livrer le Liban à l’axe Téhéran-Damas, et pour avoir les coudées franches pour la grande confrontation avec Israël.

 

Au cas où les choses exploseraient, la population israélienne serait littéralement arrosée de roquettes et de missiles, qui, au moins dans un premier temps, n’épargneraient, cette fois, aucune portion du territoire national.

 

Dans l’hypothèse d’une agression contre Israël de la part du Hezbollah, même si Damas ne participait pas directement à la cognée, l’unique option tactique sensée de Tsahal serait de frapper très fort la Syrie, en prenant clairement le risque d’un embrasement régional.

 

Pourquoi, dans ces conditions, frapper la Syrie ? D’abord, parce que l’IDF ne peut pas combattre sur tous les fronts à la fois, et qu’en cas de confrontation, il importe d’éliminer, en premier, la menace existentielle. Pendant que Tsahal punirait la Syrie, l’aviation des Hébreux s’attellerait à détruire, comme en 2006, les sites de lancement des plus grosses roquettes (celles disposant de la plus longue portée) aux mains du Parti de Dieu. La Khel Avir (l’aviation israélienne. Ndlr) agirait de même dans la bande de Gaza, en attendant que Tsahal puisse transférer des forces au Sud, et en espérant que les alliés occidentaux s’occupent de la région de Beyrouth.

 

En assommant la Syrie, Israël compterait contraindre Damas à user de son influence pour faire taire le Hezbollah. En neutralisant la force de frappe de Béchar Al Assad, Jérusalem briserait la menace conjuguée et obtiendrait la liberté de manœuvre pour s’occuper, dans le détail, des miliciens de Nasrallah et de ceux d’Hanya. Car la Syrie sortie du jeu, même si les organisations islamistes gazatties et libanaises peuvent faire des dégâts dans l’Etat hébreu, elles n’auraient plus la capacité de lui infliger des dommages majeurs.

 

Ceci dit, une confrontation du genre de celle que prépare l’Axe Téhéran-Damas et ses vacataires exigerait, probablement, une mobilisation générale en Israël. Elle occasionnerait des milliers de victimes et, au plan militaire, ressemblerait à tout sauf à une partie de plaisir. De plus, les hostilités se dérouleraient sous la menace permanente d’une intervention perse, même si celle-ci engendrerait, tout aussi probablement, un cataclysme sans précédant pour la République Islamique d’Iran.

 

Tout gouvernement israélien agissant sereinement oeuvrerait de manière à désamorcer ce danger imminent. Comme en 2006, nous sommes contactés par d’anciens officiers d’état-major, par des politiciens de tous bords, qui demandent à la Ména de s’exprimer. Comme si le fait de matérialiser par l’écrit ce que le 70 % des responsables politiques et militaires conçoivent, avec plus ou moins de clarté, pouvait influer sur les décisions d’Olmert. Comme si l’appel de Juffa à Barak de démissionner du poste de ministre de la Défense – en expliquant pourquoi – avait des chances réelles d’être entendu. Tant de gens haut placés tentent de leur faire entendre leur raison, pour le moment, sans succès.

 

Le remède est à portée de main. Il faut juguler, maintenant, la conjugaison des menaces, en chassant le Hamas de Gaza. Une opération relativement réduite, que personne ne peut empêcher Israël de réaliser. Et, contrairement à l’été 2006, l’armée est prête, les plans ont été dressés, les soldats entraînés, l’état-major attend et réclame le feu vert.

 

Il ne faut pas opérer n’importe comment, car on peut éviter les émeutes dans les Territoires et les manifestations dans le monde ; à tout le moins, réduire leur ampleur. A ce sujet, que personne ne se fourvoie, "Hiver chaud" était une répétition générale. Les soulèvements en Cisjordanie, à Jérusalem et en Galilée, les gros plans d’Al jazzera sur les victimes civiles, le fait de ne pas avoir filmé les miliciens intégristes, la participation de REUTERS  et d’autres media occidentaux main stream à la mascarade de Gaza privée d’électricité, n’avaient strictement rien de spontané. Leur but, intimider Ehoud Olmert, à la demande du Hamas et de ses mentors, l’engager dans le processus de trêve, un piège stratégique terrible pour l’avenir d’Israël.

 

Est-ce à dire que tous ceux qui ont crié au massacre ou à la "réaction disproportionnée", comme le Quai d’Orsay ou le Secrétaire général de l’ONU, étaient dans le coup. Certes, tous ceux qui ont exagéré l’aspect humanitaire de l’opération de Tsahal ont participé à l’instrumentalisation de ceux qui organisent l’éradication d’Israël. Certains journalistes, chaînes de télévisions, hommes politiques, l’ont fait en connaissance de cause, d’autres, beaucoup plus nombreux, se sont laissés berner. Tous ont négligé les nécessités stratégiques d’Israël et ont hypothéqué son droit à l’autodéfense, son droit à la vie. Tous ont fait mine d’ignorer que le Hamas a inscrit dans ses statuts l’éradication d’Israël, tous ont fait comme si les musulmans intégristes n’y travaillaient pas activement.

 

Mais aujourd’hui, face au scénario de calamité que je décris, Israël n’a pas le privilège de corriger les erreurs des commentateurs politiques, car il y va de sa survivance. Il faut que Tsahal agisse comme Tsahal, et, qu’un beau matin, le monde se réveille alors que le drapeau à l’étoile de David flotte déjà sur Gaza. On peut attendre, pour réduire le bruit des chenilles des Merkava, qu’un événement mondial secoue la planète pour agir, c’est une méthode connue et abondamment utilisée dans l’histoire d’Israël. Mais il faut chasser le Hamas, arrêter ses leaders et détruire ses infrastructures. Ensuite, on pourra s’entendre avec Abbas pour un transfert graduel et conditionnel du contrôle de la Bande. A ce propos, s’il faut faire une trêve, c’est celle de l’hypocrisie : comment Abbas et le Quartet entendent-ils que nous fassions la paix avec l’Autorité Palestinienne, alors que les intégristes ont établi un califat à Gaza ? Eluder cette question, c’est ne pas croire honnêtement à la possibilité d’un accord entre Israéliens et Palestiniens.

 

Quant aux pseudo pacifistes qui ont crié à la Shoah palestinienne, alors que nous avions éliminé 130 Gazaouis, dont 80 pourcent de miliciens qui balançaient des roquettes, depuis sept ans, sur nos civils, qu’ils aillent se faire pendre. On ne peut faire confiance à leurs convictions. Lorsqu’on est authentiquement pacifiste, on commence par se manifester du côté des victimes, et je n’en ai jamais vu aucun à Sdérot. De toutes façons, on n’en est plus là, il faut casser le front Sud de la conjugaison, sinon, les morts, sous peu, se compteront, dans les deux camps, par dizaines de milliers.

 

Gouverner, c’est aussi éviter que d’aucuns concèdent, avec 55 ans de retard, qu’ils se sont trompés. »

 

Titre original : « Alarme ! » de Jean Tsadik sur Metula News Agency

par Ofek publié dans : Israël
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