Jeudi 21 août 2008

« Les troupes russes ne quittent pas leurs positions (lexpress.fr et l’AFP 19/08/2008). Le président russe Dmitri Medvedev déclare : « Nos forces armées ont surmonté la crise des années 1990 et sont aptes au combat. Nous souhaitons que l'on nous respecte, notre Etat, notre nation, nos valeurs » (lexpress.fr et l’AFP aujourd’hui). Les ministres des Affaires étrangères des 26 pays membres de l'Otan se retrouvent ce mardi à Bruxelles (tf1.lci.fr aujourd’hui). Les alliés de l'Otan font savoir qu'ils étudient sérieusement les implications des opérations de la Russie en Géorgie (Reuters aujourd’hui). Les alliés ont convenu par ailleurs de créer une Commission Otan-Géorgie (Reuters aujourd’hui).

Je note la différence de ton entre les ministres des Affaires étrangères de l’Otan à Bruxelles et le président russe à Moscou. A Bruxelles on se réunit pour étudier les implications et dans la foulée pour créer une Commission. Quant une puissante entité fait savoir qu’elle étudie et qu’elle crée une commission cela veut tout simplement dire qu’elle décide de ne rien décider et de ne rien faire de concret sur le terrain. A Moscou la tonalité est tout autre. A Moscou on nous signifie que les forces armées russes sont aptes au combat. A Moscou on nous signifie que nous sommes priés de respecter les Russes, leur Etat actuel, leur nation actuelle et leurs valeurs actuelles.

Or concrètement cela signifie que nous sommes priés de respecter la Russie dirigée par des dictateurs maffieux et incultes issus de l’ancien KGB. Et cela signifie que si nous ne respectons pas tout cela, les forces armées russes sont aptes au combat. Je n’invente rien. Ce sont les propos de ce jour du président russe Dmitri Medvedev à l’heure même où les ministres des Affaires étrangères de l’Otan parlent d’études et de Commission.

Supposons que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud obtiennent leur indépendance sous la férule russe. Combien de minis pays - pays réels ou pays présumés - risquent-ils, dans le région, de revendiquer la même chose ? Sans remonter à plus de 500 ans en arrière et en me limitant à la Géorgie et à ses voisins pas trop lointains, je dénombre les « pays » suivants : Daghestan, Vainakh, Noghastan, Kabardian, Imereti, Kartli, Kakheti, Samtskhe, Trebizond, Mamlyuk, Kara-Koyunloo, Vaspurakan, Sasun, Bahrevand, Shirvan, Karabakh, Syunio, et, sans pinailler, un peu plus loin, les Kurdes, les Azéris et pourquoi pas - plus il y a de monde plus on rigole - les Druzes, les Tatares, les Corses, les Valaisans, les Burgondes et les Martiens. Aucun doute, une Commission d’Etude de l’Otan s’impose de toute urgence. J’entends d’ici - depuis ma Valaisanie indépendante - les Russes hurler de rire.

 

Depuis le lundi 11 août 2008, je vous fatigue les nerfs avec, chaque jour, un article sur la Géorgie. Or, il se trouve que je ne compte aucunement lâcher le morceau. Car la Géorgie, pays chrétien ami d’Israël et ami des USA, nous ouvre la voie depuis la Mer Noire, à travers les montagnes du Caucase ainsi que jusqu’à la Mer Caspienne. Car la Géorgie nous épargne la tâche fastidieuse de négocier - avec les rouges bruns maffieux de Moscou - la construction d’oléoducs et de gazoducs. Car la Géorgie est un pays libre et démocratique, tout simplement.

Stuart Koehl dans le Weekly Standard du jeudi 14 août 2008 écrit à propos de l’invasion et de l’occupation de la Géorgie par l’armée russe rouge brune : «…La plupart des gens ont grossièrement exagéré la capacité militaire et l'efficacité de l'armée russe dans cet exercice, évidemment planifié depuis longtemps et impliquant en fait des forces relativement peu nombreuses. D'après tous les rapports, la ‘58e armée’ russe a envahi le territoire de la Géorgie avec quelques 500 chars et un nombre égal de Véhicules de Combat d'Infanterie. (…) Or, le District Militaire du Caucase est une espèce de trou perdu, où logent des divisions de Catégories II et III, dont la plupart restent en sous-capacité et sont équipées d'anciens systèmes tels que le char T-72. (…) pour le gouvernement de Russie, une guerre prolongée et sanglante nécessitera un accroissement massif du budget militaire russe, réduit au minimum pendant la plus grande partie de l'ère Poutine. (…) Deux choses sont nécessaires (…) : de la part des États-Unis, la volonté politique de fournir à l'armée géorgienne l'équipement et la formation nécessaires (nos Forces Spéciales ont déjà une relation étroite avec l'armée de Géorgie), et, plus important, une volonté politique de la part du gouvernement géorgien de continuer le combat jusqu'à ce que les Russes aient quitté leur sol », précise Stuart Koehl.

Toujours Stuart Koehl dans le Weekly Standard d’hier mardi 19 août 2008 écrit à propos de l’invasion et de l’occupation de la Géorgie par l’armée russe rouge brune : «…La Russie (…) souffre d'une crise démographique sérieuse (…) et une espérance de vie pour les hommes de seulement 59 ans. (…) Son gouvernement est de plus en plus autocratique, réprimant la liberté d'expression, chassant l'investissement étranger direct et les transferts de technologie nécessaires pour entretenir le développement économique. L'économie russe est elle-même de plus en plus dépendante de transferts militaires à haute technologie d'un côté, et de l'extraction des matières premières -principalement le pétrole et le gaz naturel - de l'autre. (…) En réalité, ladite armée russe craquera à la première occasion, et ses menaces militaires sont fondamentalement vaines si ce n'est contre les plus faibles de ses adversaires. Nous ne devons pas nous laisser intimider par les rodomontades de la Russie. La position russe sous le Poutinisme est un énorme bluff, une martingale désespérée, de la part d'un gouvernement qui se sent glisser vers l'insignifiance internationale, pour s'accrocher aussi longtemps que possible à une place sur la scène mondiale. Il est temps pour nous d'exposer ce bluff, et d'arrêter ce jeu-là une bonne fois pour toutes », conclut Stuart Koehl.

Entre cette nuit et aujourd’hui - mercredi 20 août 2008 - les nouvelles concernant la Géorgie continuent de fuser notamment sur Guysen International News : à 01:21 on apprend que l'ambassadeur russe à l'ONU - Vitaly Churkin - déclare que son pays ne votera pas la résolution onusienne proposée par la France réclamant un départ immédiat des troupes russes de Géorgie. 02:41, les soldats russes font prisonnier 20 soldats géorgiens dans la ville portuaire géorgienne de Poti. 10:45, le Sénat russe est prêt à reconnaître le statut d'indépendance des régions séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud (ndlr : concrètement le Sénat se réunira à cet effet lundi prochain 25 août). Les séparatistes abkhazes envisagent un statut de territoire « associé » à la Russie. Quant à l'Ossétie du Sud, elle a déjà réclamé son « rattachement » à la Russie. 11:11, des témoins affirment que « plusieurs convois » de camions russes quittent la province géorgienne sécessionniste d'Ossétie du Sud (ndlr : une quarantaine de camions pour être précis…). Le président russe Dimitri Medvedev affirme que « d'ici vendredi 22 août toutes les forces armées russes déployées en Géorgie seraient rapatriées ». Les Occidentaux ne cachent pas leur scepticisme, conclut Guysen International News.

Encore aujourd’hui mercredi 20 août 2008 à 11:44 l’agence de presse britannique Reuters informe : «…Un journaliste de Reuters a vu un premier convoi d'une dizaine de camions bâchés franchir le tunnel de Roki, principal point de passage entre la Russie et l'Ossétie du Sud, province séparatiste de Géorgie ou les forces russes sont intervenues. (…) La plupart (…) semblait vide, à en juger de leur suspension. Et il n'y a eu aucun signe (ndlr : de départ) de véhicules blindés ou de pièces d'artillerie. Près du village d'Igoeti, ou se trouve le poste russe le plus proche de la capitale géorgienne, Tbilissi, distante de 45 km, des soldats russes ont consolidé leurs positions en creusant des tranchées et aucun mouvement de convoi n'était visible. (…) Dmitri Medvedev a déclaré mardi que d'ici au 22 août, une partie des soldats de « maintien de la paix » aura été retirée vers la zone de sécurité temporaire. Le contingent restant (…) sera retiré vers le territoire d'Ossétie du Sud et de Russie. (…) mardi, Washington indiquait ne voir aucun signe tangible d'un tel repli des troupes et accusait la Russie de s'en prendre à ces civils et de chercher à étrangler la Géorgie. La Russie ‘devient de plus en plus le hors-la-loi dans ce conflit’ a déclaré la secrétaire américaine d'Etat Condoleezza Rice. ‘Ils avaient l'intention et ont probablement toujours l'intention d'étrangler la Géorgie et son économie’ a-t-elle ajouté », précise Reuters.

Toujours aujourd’hui mercredi 20 août 2008 à 11:53 depuis Soukhoumi (Géorgie) l’Agence France Presse informe : «…Sur le terrain, un journaliste de l'AFP a vu mercredi une vingtaine de camions militaires quittant l'Ossétie du Sud en direction de la Russie, mais autant de véhicules allaient en sens inverse et aucun retrait massif ne semblait mis en oeuvre. (…) après le Vénézuélien Hugo Chavez et le Bélarusse Alexandre Loukachenko, c'est le président syrien Bachar al-Assad, attendu en Russie mercredi, qui a dénoncé dans un entretien publié à Moscou les ‘tentatives’ des pays occidentaux ‘d'isoler la Russie’ sur la scène internationale ». L’AFP à 12:14 précise : « l'armée russe a accusé mercredi la Géorgie de ‘redéployer’ des forces militaires en direction de la région séparatiste géorgienne d'Ossétie du Sud ». Ndlr : « En direction de », martèle l’armée rouge brune. De quoi je me mêle…

Guysen International News informe à 12:58 que « plusieurs députés israéliens vont se rendre sur place (ndlr : en Géorgie) pour contribuer à l'issue de la crise avec la Russie. La présidente de la Knesset Dalia Itzik l'a annoncé lors d'un débat extraordinaire à l'Assemblée. ‘Nous avons revu des images terrifiantes. Je vois des dizaines de milliers de personnes pour qui tout s'est écroulé, et je vois les horreurs de la désolation. Nous allons envoyer une délégation de parlementaires pour aider à régler le conflit. Nous le ferons car nous sommes les amis de la Géorgie’, a-t-elle expliqué ».

Depuis Moscou à 14:42 l’AFP informe : « ‘La partie géorgienne continue de prendre des mesures de redéploiement et de rétablissement de la capacité de combat de ses forces’, aux abords de la région séparatiste d'Ossétie du Sud, a déclaré le chef-adjoint d'état major de l'armée russe Anatoli Nogovitsyne à Moscou (ndlr : « aux abords de » martèle encore l’armée rouge brune. A nouveau, de quoi je me mêle….) (...) Un journaliste de l'AFP a constaté que Gori était toujours contrôlé par les forces russes qui allaient et venaient en nombre sur la route reliant cette ville stratégique proche de l'Ossétie du Sud à la capitale géorgienne Tbilissi. (…) Le président de la chambre (ndlr: le sénat russe), Sergueï Mironov, a indiqué que ses collègues étaient ‘prêts à reconnaître’ les indépendances abkhaze et sud-ossète, tout en conditionnant ce geste à une décision du président russe. Ce dernier avait promis la semaine dernière de soutenir ‘toute décision’ des séparatistes. (…) Sur le front de l'aide humanitaire, la Commission européenne a jugé que l'accès aux victimes en Géorgie s'améliorait, mais que la situation restait ‘compliquée’ en Ossétie du Sud ».

Guysen International News informe à 14:56 que Thomas Steg, porte-parole du gouvernement allemand, a déclaré qu'il n'existait à ce jour « aucun signe clair permettant d'affirmer que la Russie avait commencé à se retirer de Géorgie. C'est une situation très insatisfaisante ».

Je l’ai cité plus haut, « La position russe sous le Poutinisme est un énorme bluff, une martingale désespérée. (…) Il est temps pour nous d'exposer ce bluff, et d'arrêter ce jeu-là une bonne fois pour toutes », écrit donc Stuart Koehl dans le Weekly Standard d’hier mardi 19 août 2008. Or, l'ambassadeur russe à l'ONU - Vitaly Churkin - déclare, je l’ai mentionné plus haut, que son pays ne votera pas la résolution onusienne réclamant un départ immédiat des troupes russes de Géorgie (Guysen). Or, près du village d'Igoeti ou se trouve le poste russe le plus proche de la capitale géorgienne distante de 45 km des soldats russes ont consolidé leurs positions en creusant des tranchées (Reuters). Or, Gori est toujours contrôlé par les forces russes qui vont et viennent en nombre (AFP à 14:42). Autrement dit, l’énorme bluff russe - décrit par Stuart Koehl dans le Weekly Standard - continue en paroles et en actions. Des troufions, des soudards et quelques mercenaires, accompagnés des chars antédiluviens, le tout commandé depuis Moscou par une hiérarchie maffieuse, arrogante et kagébiste, tout ce misérable fatras de moujiks souvent alcoolisés fiche la trouille à l’Otan (les armées de plus de 20 pays libres…), l’Otan qui hier mardi se limitait à vouloir « étudier » la situation et créer pour se faire une « Commission ». La société libre de culture judéo-chrétienne est aussi lucide et courageuse qu’elle l’était en 1938. Depuis ce matin, pour amplifier encore un peu plus la baudruche du bluff russe, des caudillos bas de gamme genre Chavez, Loukachenko et Assad ouvrent leur grande bouche de babouin autocrate, de dinosaure soviétique et de führer levantin moustachu pour défendre la Poutinie expansionniste. Dans le futur, les livres d’histoire, à propos de nos dirigeants occidentaux, parleront de lâches, de traîtres et de minus. »

Titre original : « Nos dirigeants occidentaux : lâches, traîtres et minus » par Miguel Garroté sur http://monde-info.blogspot.com/2008/08/nos-dirigeants-occidentaux-lches.html

 

L’Occident ouvrirait-il les yeux ? Il semble s’inquiéter, enfin, de la volonté de reconquête de la Russie sur ses territoires perdus, à commencer par la Géorgie. C’est du moins ce qui ressort de la tribune de Nicolas Sarkozy, parue ce lundi dans Le Figaro. "Nous devrons (…) déterminer si l’intervention de la Russie contre son voisin géorgien aura été une réponse brutale- et excessive-, dans ce cas singulier, ou si elle inaugure un nouveau durcissement de Moscou vis-à-vis de ses voisins et de la communauté internationale toute entière (…)", écrit notamment le chef de l’Etat. Dimanche, la chancelière allemande, Angela Merkel, a promis d’accélérer l’entrée de la Géorgie dans l’Otan, après s’y être opposée, avec la France, en avril, afin de ne pas fâcher Vladimir Poutine: une politique de l’apaisement – qui fut celle de Chamberlain en 1938 – interprétée comme une faiblesse par l’ex-URSS.

Cependant, ces derniers jours ont montré la troublante fascination d’une partie de l’opinion et des médias pour l’autocratie russe, présentée comme l’agressée alors que son armée se préparait à l’invasion de la Géorgie depuis avril. L’immuable antiaméricanisme – dissimulé sous la critique des néoconservateurs - aura été prétexte à justifier les arguments d’un régime se présentant comme humilié et en état de légitime défense face à ses anciens alliés ayant choisi d’adhérer au monde libre. Dans cette guerre contre les démocraties de l’Est, déclenchée par une Russie se comportant comme un état-voyou, il s’est trouvé de nombreux commentateurs (y compris sur ce blog) pour donner raison à la loi du plus brutal et à sa désinformation. Ce n’est pas la plus réjouissante des constatations.

C’est ce manque de vigilance que semble vouloir corriger désormais les européens, en haussant le ton. La participation de la Russie au G8, à l’OCDE ou à l’OMC  pourrait notamment être remise en question. Mais cette grave crise a déjà révélé le manque de convictions de nos démocraties dépressives et pusillanimes, fascinées pour partie par les puissances impériales chinoise et russe. Même les Etats-Unis n’ont pas été à la hauteur de la provocation qui leur a été adressée avec l’invasion de la Géorgie, pays qui a donné à l’une des artères de Tbilissi le nom de George W. Bush. "Nous sommes tous Géorgiens", a déclaré John McCain, le candidat républicain. Pour le moment, il reste seul à le dire.

 

Titre original : « Nous sommes tous des Géorgiens » par Ivan Rioufol sur http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2008/08/nous-sommes-tous-georgiens.html

par Ofek publié dans : Analyses géopolitiques internationales
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