David Bescond pour Liberty Vox
Tous les experts de l'islam l'affirment : il ne peut y avoir une alliance entre les sunnites et les chiites.
Les faits actuels semblent leur donner raison.
La guerre inexpiable qui se déroule en Irak entre milices chiites et sunnites fait des milliers de morts.
Au Pakistan les affrontements confessionnels entre les deux communautés religieuses sont régulières.
Et pourtant... ces derniers mois plusieurs événements sont venus troubler cette certitude.
Pire, on ne peut plus exclure une alliance stratégique nucléaire entre Téhéran et Islamabad.
Tout a commencé avec la mort de Zarquaoui, le chef de la branche irakienne d'Al-Qaïda en Irak.
Sa stratégie de s'en prendre systématiquement à la communauté chiite n'était approuvée ni par Ben Laden, ni par Ayman al-Zawahiri le numéro 2 du groupe terroriste.
Ces derniers sont davantage dans l'optique de rassembler l'ensemble de la Oumma (communauté islamique) que de jouer la carte du communautarisme sunnite.
Mais la puissance du mouvement de Zaquaoui, son influence et l'impuissance de Ben Laden avaient conduit les leaders d'Al-Qaïda à taire leur opposition.
Lui disparu, Ben Laden s'est empressé de modifier cette stratégie en ordonnant de limiter les agressions contre les chiites irakiens.
Ce "recentrage" d'Al-Qaïda a d'ailleurs rapidement porté ses fruits.
Le 28 juillet 2006, les Gardiens de la révolution iraniens relâchaient Saad ben Laden, fils de Oussama Ben Laden, assigné à résidence en Iran depuis 2001.
Mais cette libération ne traduisait pas simplement une récompense de Téhéran envers Al-Qaïda pour avoir modifié sa tactique en Irak.
Elle scellait surtout une alliance inédite entre les mollahs iraniens chiites et les chantres du terrorisme sunnite.
La guerre du Liban allait constituer la seconde étape de cette alliance.
Car une fois libéré, Saad Ben Laden fut envoyé par les services iraniens à la frontière libano-syrienne afin de mettre en place des cellules terroristes islamistes en coopération avec le Hezbollah.
L'avantage est double.
Pour l'Iran, qui se prépare à son affrontement avec l'Occident, cela lui permet de pacifier ses arrières.
Comprendre qu'en cas de conflit il pourra bénéficier de l'appui des talibans et d'Al-Qaïda en Afghanistan afin de perturber les éventuelles attaques de l'OTAN basée dans ce pays.
Si on en juge par l'ampleur des récentes offensives des talibans, cette stratégie a déjà débuté.
Cette alliance permet également à Téhéran d'adresser une menace terroriste à peine voilée, non seulement aux pays occidentaux, mais également aux pays sunnites influents (Egypte, Arabie Saoudite, Koweït, Jordanie qui sont affolés à la perspective de voir l'Iran chiite se doter de la bombe) et qui seraient tentés, sinon d'appuyer, à tout le moins d'approuver secrètement une intervention militaire israélo-américaine contre Téhéran.
Il n'est qu'à se remémorer l'attitude de ces dirigeants aux débuts de l'offensive israélienne contre le Hezbollah pour deviner le cauchemar que représente pour eux l'influence grandissante de Téhéran dans la région.
Ce n'est que devant l'échec israélien qui se devinait et la popularité extraordinaire d'Hassan Nasrallah qui en résultait, que ces dirigeants ont dû faire marche arrière sous la pression de la rue arabe.
Pour les leaders d'Al-Qaïda, qui ont toujours joué la carte de l'unité de la oumma, la nouvelle popularité du leader chiite Hassan Nasrallah, légitime cette alliance entre chiites et sunnites.
Cette popularité fait que cette alliance n'est plus une incongruité aux yeux des masses arabes sunnites.
Le troisième événement qui explique cette alliance inédite est le retournement des alliances en Asie qui s'est concrétisé durant le printemps dernier.
Officiellement, le Pakistan reste l'ami des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme.
En vérité, les Américains ont fait une croix sur cette alliance car ce pays devient de plus en plus instable et reste gangrené par un islamisme radical aux portes du pouvoir et dont l'influence ne cesse de grandir, y compris au sein des forces armées.
Le Pakistan a d'ailleurs anticipé la nouvelle stratégie américaine.
La reprise des attentats contre l'Inde, en mars à Bénarès ou en juillet à Bombay, marque ainsi la fin du "réchauffement" des relations entre les deux frères ennemis.
Mais il y a pire encore.
Plusieurs événements récents prouvent que, dans la lutte d'influence qui se déroulait ces dernières années au sein de l'armée pakistanaise, entre pragmatiques et radicaux islamistes, ces derniers viennent de prendre un avantage décisif. L'officialisation du rapprochement entre Washington et New Delhi a sonné la défaite de Musharraf dans le bras de fer qui l'opposait aux partisans d'une alliance avec les islamistes.
Depuis, tous les clignotants sont progressivement passés au rouge, démontrant l'emprise des radicaux au sein de l'Etat-major pakistanais :
- Les récentes offensives des Talibans durant l'été, dont l'ampleur a surpris tous les observateurs, n'ont pu se faire sans le soutien financier, militaire et logistique des services pakistanais.
Cette complicité peut également prendre une forme passive.
Les djihadistes du monde entier peuvent à nouveau se rendre en Afghanistan via le Pakistan sans grande difficulté.
Les services secrets pakistanais protégent les principaux dirigeants d'Al-Qaïda en refusant de livrer les renseignements qu'ils possèdent. Les principaux dignitaires talibans vivent au Pakistan et sont libres de leurs mouvements.
Tout cela prouve que le Pakistan a décidé de reprendre sa politique traditionnelle de déstabilisation et d'influence en Afghanistan.
Les relations tendues avec le pouvoir en place à Kaboul, pourtant proche des Etats-Unis, en sont la meilleure démonstration.
- La récente signature, début septembre, d'un accord entre des responsables des services secrets pakistanais et des groupes proches des Talibans dans le district du Nord Waziristân, prévoit le départ des combattants étrangers et la fin des attaques contre l'armée pakistanaise.
En échange, celle-ci s’engage à réduire sa présence militaire dans la région et à cesser ses opérations contre les Talibans.
Cet accord ne marque pas l’échec des opérations militaires, comme on a pu le lire un peu partout, mais la reconnaissance par Islamabad du pouvoir des organisations talibanes dans la région et la concrétisation d'une nouvelle alliance avec les amis du mollah Omar comme nous l'avons vu plus haut.
- Au niveau interne, le gouvernement pakistanais vient récemment d'annuler l'examen au parlement d'un projet de loi révisant la très controversée législation islamique sur le viol, sous la pression de l'opposition islamiste.
Ces partis islamistes refusent en effet toute atteinte à une législation inspirée par le Coran.
Selon ces lois Hudood, adoptées en 1979 dans le cadre de l'islamisation du pays entreprise par le général Zia-ul Haq, une femme doit présenter des témoignages de quatre "bons musulmans" pour prouver un viol.
Dans le cas contraire, elle doit faire face à de sévères poursuites pour adultère.
En lançant en 2002 sa politique de "modération éclairée", le président Pervez Musharraf s'était engagé à étudier une révision des lois Hudood dénoncées par les organisations de défense des droits de l'Homme.
L'abandon par Musharraf de cette politique de modération, démontre l'emprise totale des islamistes sur la société pakistanaise. Elle démontre surtout que le président pakistanais a les mains liées et n'a plus le soutien de l'armée.
- Le fait que Musharraf vient récemment de dévoiler que les Etats-Unis avaient menacé de ramener le Pakistan à l'âge de pierre, s’il ne collaborait pas avec Washington après les attentats du 11 septembre, doit être considéré comme un message adressé à l'ensemble de la Oumma.
Cette collaboration était imposée par les infidèles, mais désormais cela est terminé.
Voilà le sens caché des révélations de Musharraf.
Enfin, et c'est potentiellement le plus grave, la victoire des radicaux au sein de l'Etat-major pakistanais et la fin de l'alliance avec les Etats-Unis, laissent entrevoir un rapprochement, voire une alliance stratégique nucléaire, avec l'Iran. Alliance qui serait au niveau des Etats, le prolongement de l'alliance entre l'Iran chiite et les terroristes sunnites.
Ainsi verrait le jour un axe Hezbollah-Damas-Armée du Mahdi (en Irak)-Téhéran-Islamabad.
Face à cette alliance de tous les dangers, la détermination des Israéliens et des Américains à empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire reste entière.
Encore récemment la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, a déclaré qu'il n'y avait pas de plus grande menace que l'Iran et que la communauté internationale devait se lever contre ce pays.
Elle a ajouté: « Ils nient et se moquent de l'Holocauste. Ils parlent fièrement et ouvertement de leur désir d'effacer Israël de la carte. Et désormais, ils développent les armes pour atteindre cet objectif, mettre en péril la région et menacer le monde ».
Si, comme je le crois, les Israéliens pensent sincèrement être menacés dans leur existence même, alors c'est de la science-fiction que de croire qu'ils resteront les bras croisés.
Un autre événement est venu confirmer la préparation d'une offensive militaire : L'attitude de Jacques Chirac.
Celui-ci ne fait pas cavalier seul et les critiques à son encontre, lors de sa proposition à l'ONU de poursuivre les négociations avec l'Iran, me semblent même injustes.
Jacques Chirac agit avec le soutien de Georges W. Bush.
Ce dernier veut épuiser toutes les solutions diplomatiques afin de pouvoir, le moment venu, se retourner vers la communauté internationale en affirmant avoir démontré sa bonne volonté. La gravité de l'enjeu l'exige.
Or, qui mieux que celui qui s'est opposé à la guerre en Irak peut apporter cette crédibilité diplomatique ?
Enfin, si Georges W. Bush, comme on vient de l'apprendre, fut capable de menacer de renvoyer le Pakistan à "l'âge de pierre", je ne doute pas un instant qu'il sera capable de prendre la décision de stopper l'Iran.
En vérité, la décision de frapper l'Iran est déjà dans les tuyaux.
Ni les Israéliens, ni l'administration républicaine ne toléreront que l'Adolf oriental dispose de son jouet atomique.
La décision de Jacques Chirac de faire sa coquette, concernant la présidentielle de 2007, en décidant de ne révéler sa position qu'au premier trimestre de l'année prochaine, annonce de futurs développements de la crise iranienne autour de cette période.
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