Jeudi 7 décembre 2006
Guy Millière- Metula News Agency
 
Jimmy Carter a bien mérité, au vu des quatre années de son unique et désastreux mandat, le titre qui lui a été maintes fois décerné : le pire président de l'histoire des Etats-Unis. Il s'est appliqué par la suite à démontrer qu'il est également le pire ex-président de l'histoire de son pays.
 
Pendant les quatre années de sa présidence, Carter a supervisé une phase de « détente » avec l'Union Soviétique au cours de laquelle l'URSS. a mis la main, de manière directe ou indirecte, sur l'Angola, l'Ethiopie, le Yémen et le Nicaragua. Les années Carter ont aussi vu s'opérer la rupture des relations diplomatiques entre la République de Chine (Taïwan) et Washington, l'abandon du Canal de Panama par les Etats-Unis, l'invasion de l'Afghanistan, et, en apothéose, le renversement du Shah d'Iran et la création de la République islamique d'Iran, sans laquelle ni le Hezbollah ni le Hamas, ni les morts provoquées par ces organisations n'auraient existé.
 
Ceux qui voudraient créditer Carter des accords de Camp David et de la paix entre Israël et l'Egypte devraient revoir leurs fiches. Ils y découvriraient que c'est à la suite de la divulgation d'un appel américano-soviétique à une conférence de paix en octobre 1977 - appel dans lequel les Etats-Unis reconnaissaient pour la première fois l'existence de « droits légitimes du peuple palestinien » - qu'Anouar el Sadate décida de prendre l'avion pour Jérusalem et que Begin l'y accueillit.
Les « accords » qui ont suivi n'ont été pour Carter qu'une tentative de reprendre en main une situation qui lui avait échappé et dont il n'avait pas voulu : les événements l'ayant dépassé, il a feint d'en être l'organisateur et en a profité pour nouer des liens avec Arafat et sa clique, qu'il n'a cessé, depuis, de vouloir « conseiller ».
 
Après avoir cédé la place à Ronald Reagan (le triomphe que la nullité de Carter a assuré à Reagan est le seul élément positif que j'accepte de relever), Carter s'est fait oublier quelques années. Il est retourné à des activités plus conformes à ses aptitudes intellectuelles, de petits travaux de menuiserie pour des organisations caritatives, entre autres. Il n'en a pas moins rendu visite, en 1984, à Anatoly Dobrynin, ambassadeur de l'Union Soviétique aux Etats-Unis, avec pour but (comme le démontre Peter Schweitzer dans son livre Reagan's War [1]) de le persuader de financer une campagne contre la réélection du président Reagan.
 
Sous George Bush père, on ne l'a guère vu ni entendu non plus, si ce n'est en 1990, lorsqu'il s'est employé à faire du lobbying en faveur de Saddam Hussein contre son propre pays, qui cherchait alors à assembler une coalition susceptible de mettre fin à l'occupation du Koweït et aux conséquences stratégiques que celle-ci pouvait avoir dans la région.
 
Sous Clinton, ce fut vite différent. Carter redevint très actif et servit d'envoyé spécial du président en Amérique latine, en Haïti et en Corée du Nord, où les accords qu'il négocia avec Kim-Il-Sung en octobre 1994 (à l'opposé du mandat que Clinton lui avait confié) contribuèrent à faciliter l'avancée de cette autocratie vers l'arme atomique.
 
Ces dernières années, sous la présidence de George W. Bush, Carter a fait feu de tout bois.
En 2002, il s'est rendu à Cuba pour embrasser Fidel Castro, chanter les louanges du régime dictatorial à la télévision officielle, et ne rien dire des 30 000 prisonniers politiques que l'île comptait alors.
Un peu plus tard, il a accepté un Prix Nobel de la paix, quand bien même il était évident que ce Prix était une façon d'insulter l'administration en place à Washington pour le soutien que celle-ci apportait à Israël et pour la guerre que, un an après les attentats du 11 septembre, elle menait contre le terrorisme islamiste.
 
Régulièrement, par discours ou articles interposés, l'ex-président s'est fait le relais des pires proclamations anti-israéliennes, anti-américaines, anti-occidentales et pro-islamistes, comme pour témoigner aux financiers saoudiens qui ont si généreusement contribué au Carter Center d'Atlanta qu'ils n'avaient pas affaire à un ingrat et qu'ils bénéficieraient d'un retour sur investissement. Tous les détails figurent dans le livre de Steven Hayward, The Real Jimmy Carter [2].
 
Le livre que Carter vient de publier aux Etats-Unis s'inscrit dans le droit fil de son passé et constitue l'attaque la plus malhonnête, la plus perfide et la plus dommageable subie par Israël depuis longtemps.
Quand des propos tels que ceux de Jimmy Carter sont tenus par un islamiste ou par un dirigeant palestinien, il est aisé de faire la part des choses et de les invalider en pointant leur origine. Mais lorsque ces propos sont portés par un ancien président, un homme qui se dit exclusivement mû par des considérations éthiques chrétiennes, un ancien Prix Nobel de la paix, elles apparaissent dotées d'un poids supplémentaire. C'est ce qui rend encore plus nécessaire la dénonciation de l'imposture et de l'usurpation.
 
Carter président a constamment œuvré contre les intérêts de son pays, tout en prétendant le contraire ; son attitude n'a pas changé depuis qu'il a quitté la présidence.
Il n'a pas rencontré un dictateur sur la planète qu'il n'ait apprécié, pour peu que ce dernier fût anti-occidental, de préférence marxiste, empreint de mansuétude envers l'islam radical et si possible antisémite.
Brejnev, Khomeiny, Castro et Arafat ne sont que les premiers d'une liste où figurent en bonne place Hafez el-Assad, Ceausescu et Mengistu, le meurtrier de masse éthiopien.
 
C'est sur cet arrière-fond qu'il faut lire « Palestine, Peace not Apartheid ».
Le titre indique déjà l'essentiel ; seules les organisations d'ultra-gauche et les organisations palestiniennes radicales avaient osé, jusque là, comparer Israël au défunt régime sud-africain.
Carter reprend la comparaison à son compte et lui procure un vernis de « crédibilité ».
Comme le titre (et le passé de Carter) pouvait le laisser supposer, la suite n'est qu'une longue entreprise de falsification de l'histoire et une litanie d'incitations à la haine, où l' «antisionisme » flirte souvent avec un antisémitisme d'autant plus répugnant qu'il n'ose pas dire son nom.
Alan Dershowitz (« The World According to Carter », in The New York Sun du 23 novembre 2006) et Mitchell Bard (« Carter's Calumny »,  in Frontpage magazine, livraison du 1er décembre 2006) ont produit un démontage minutieux de cette falsification.
 
Contre toute évidence, Israël se trouve accusé d'avoir détourné de l'argent donné aux Palestiniens à des fins humanitaires, mais aucun mot sur ce que sont devenues les sommes en réalité saisies par Arafat et sa clique.
Israël est accusé d'avoir chassé les Palestiniens de leurs « terres ancestrales » en 1948, mais pas une ligne sur la présence juive, bien plus ancienne que la présence arabe, ou sur les mots d'ordre des dirigeants arabes lors de la promulgation de l'Etat d'Israël.
La création de l'OLP en 1964 est présentée comme une conséquence du « détournement par Israël de l'eau de la mer de Galilée pour irriguer le Néguev [une ineptie historique, factuelle et scientifique  monumentale. Ndlr], mais on ne lit aucune mention des motifs réels et avérés de la création de l'OLP par la Ligue arabe, en conjonction avec le KGB.
 
Israël est, au surplus, désigné comme ayant déclenché unilatéralement la guerre des Six jours, comme n'ayant cessé de « voler des terres palestiniennes », comme refusant systématiquement d' « échanger des terres contre la paix », comme responsable unique de l'échec du processus de paix enclenché à Oslo, alors que les « Palestiniens ont accepté sans équivoque » ce qu'on attendait d'eux.
Carter écrit que « les droits humains des Palestiniens doivent être protégés » contre les violations commises par Israël, bien sûr, mais pas la moindre phrase sur les violations de ces mêmes droits par les autorités palestiniennes.
 
Carter se réjouit de l'impeccable régularité des élections palestiniennes, à commencer par celle qui, en 1996, a vu la victoire de son ami Arafat, candidat unique à l'époque.
Il s'indigne de la construction de la barrière de sécurité et y voit un « moyen de confisquer davantage de terres », mais ne souffle mot sur les impératifs de sécurité d'Israël et sur les 850 victimes d'attentats suicide décomptées avant que ne soit décidée la construction de ladite barrière.
Il s'offusque aussi de la destruction par Israël des installations nucléaires irakiennes en 1982, mais ne compte pas les intentions bellicistes de Saddam Hussein à l'époque.
Carter présente, mensongèrement, enfin, Israël comme « hostile aux Chrétiens » et responsable de « l'exode des chrétiens quittant la terre sainte », mais il néglige de mentionner la raison véritable de cette fuite : les persécutions des chrétiens par les islamistes. Il omet le fait qu'Israël sert concrètement de refuge aux chrétiens persécutés de la région, qui sont 145 000 aujourd'hui dans le pays.
 
Pour Mitchell Bard, les falsifications sont si outrancières qu'on pourrait imaginer que Carter fait de la fiction, à la différence qu'une fiction a l'avantage de se présenter comme telle.
Or à mes yeux, on est en présence de quelque chose de beaucoup plus grave, qui relève de l'incitation à la haine et, sous couvert de « pacifisme », d'incitation à une guerre exterminatrice contre un Etat décrit par Carter comme responsable de tous les maux de la région.
 
Alan Dershowitz, lui, se demande comment un « homme respectable » a pu signer un livre qui l'est aussi peu.
Je me permettrai humblement de conseiller à ce juriste éminent de se pencher davantage sur le véritable personnage, dévoilé dans un article paru dans Harper's, en 1976, présentant le Carter d'avant la présidence : « Jimmy Carter's Pathetic Lies » [3], qui pourrait l'amener à établir que l'ouvrage de Jimmy Carter, Palestine Peace not Apartheid, Simon & Schuster Ed., 2006, est à l'image de l'homme.
 
Je ne doute pas que le livre de Carter sera publié en France et qu'il y rencontrera un écho favorable.
Mais seuls se laisseront berner par cette entreprise de propagande nauséabonde ceux qui se sont fait depuis longtemps les complices de ce que Jean-Claude Milner appelait, dans un ouvrage lourd de sens, Les penchants criminels de l'Europe démocratique [4].
 
Notes :
 
[1] Peter Schweitzer, « Reagan's War » (La Guerre de Reagan), Anchor, 2003.
 
[2] Steven Hayward, « The Real Jimmy Carter » (Le vrai Jimmy Carter), Regnery, 2004.
 
[3] Steven Brill, « Jimmy Carter's Pathetic Lies », (Les mensonges pathétiques de Jimmy Carter) Harper's, mars 1976.
 
[4] Jean-Claude Milner, « Les penchants criminels de l'Europe démocratique », Verdier, 2003.
par Ofek publié dans : Hypocrisie collective, Médias et Propagande
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