Vendredi 13 avril 2007
 
 
Depuis les années 80 Bat Ye'or et bien d’autres, dénoncent la menace islamiste matérialisée par une conquête sur tous les fronts et utilisant tous les moyens, psychologiques, théologiques, idéologiques, politiques, militaires et terroristes si besoin.
 
Et de quoi parle-t-on aujourd’hui dans la campagne présidentielle française ? D’ « identité nationale », de drapeau, de patriotisme, de racines, de souveraineté, de valeurs européennes, de laïcité... Et du bout des lèvres d’immigration, de contrôle des frontières, de sécurité, de politique de défense, d’intégration, de devoirs…
 
Laissez-moi rire.
Il est des maux, s’ils ne sont pas reconnus et traités comme tels en temps et en heure sans ambages et langue de bois, sans politiquement correct et autres hypocrisies, sans monopole du débat par des « bonnes âmes » « pacifistes » et autres idiots utiles, qui ont la fâcheuse tendance de se développer à vitesse exponentielle, à la manière d’Al Qaïda.
Et lorsque l’on arrive chez le médecin, tordu par la douleur et qu’il nous explique que si nous étions venus plus tôt, dès les premiers symptômes, alors peut-être…
 
Mais là, il ne vous reste que la morphine, vous comprenez ?
 
Colloque organisé par le Bné Brith, au Sénat, le 6 juin 2004
 
Permettez-moi tout d’abord une observation préliminaire sur le titre de cette séance: le retour de l’esprit de Munich. Un titre que je trouve optimiste. A Munich en 1938, la France et l’Angleterre, exsangues après les pertes humaines de la Première Guerre Mondiale, avaient abandonné la Tchécoslovaquie à l’ogre nazi dans l’espoir d’éviter un autre conflit. L’esprit de Munich se réfère donc à une politique d’Etats ou de populations qui refusent d’affronter une menace et s’efforcent d’obtenir la paix et la sécurité par la conciliation, l’apaisement et les compromis, ce qui en a conduit certains à une collaboration active avec des criminels.

Je dirais, pour ma part, que nous avons dépassé l’esprit de Munich, et je placerai la situation actuelle, non pas dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale, mais dans le contexte jihadique actuel. En effet, depuis 30 ans, la France et l’Europe vivent dans une situation d’autodéfense contre le terrorisme. Cela a commencé avec le terrorisme palestinien, puis islamique, sans parler des terrorismes européens locaux, comme les terrorismes basque, allemand, italien des années 80. Il suffit de jeter un coup d’œil sur nos villes, nos aéroports, nos rues, les écoles gardées et même les transports publics pour voir l’impressionnant appareil de sécurité policier et militaire. Et que dire des ambassades, des synagogues… Le fait que les autorités refusent de nommer le mal par son nom ne signifie pas qu’il n’existe pas. En fait, nous savons très bien que nous sommes agressés depuis longtemps, il suffit d’ouvrir les yeux, et nos autorités le savent mieux que quiconque puisque c’est elles qui ont ordonné ces mesures de sécurité. Dans son livre La Vie Quotidienne dans l’Europe Médiévale sous Domination Arabe, publié en 1978, Charles-Emmanuel Dufourq le spécialiste de l’Andalousie, décrivait par le sous-titre - «Une grande Peur» - les conditions de vie des indigènes non-musulmans dans les campagnes d’Andalousie (1). Aujourd’hui, l’Europe vit dans une grande peur.

A l’époque de Munich, il n’y avait pas encore la guerre. Aujourd’hui, la guerre est partout. Et pourtant, l’Union Européenne et les Etats qui la composent l’ont niée jusqu’à l’attaque terroriste de Madrid, le 11 Mars 2004. S’il y a danger, clame l’Europe urbi et orbi, celui-ci ne provient que des Etats Unis et d’Israël. Que faut-il comprendre? Sont-ce les armées américaines et israéliennes qui nous menacent ? Non, ce qu’il faut comprendre, c’est que la politique américaine et israélienne de résistance au terrorisme jihadique provoque, en retour, des représailles contre une Europe qui a renoncé depuis longtemps à se défendre. Pour que la paix règne sur le monde, il suffirait que ces deux pays adoptent la stratégie européenne de reddition, fondée sur la négation de l’agression. Comme c’est simple…

Ce n’est pas la stratégie de Munich. C’est au-delà de Munich, plus bas encore dans la connivence et la lâcheté. A Munich, il y avait un avenir, même si la guerre ou la non-guerre devaient le déterminer. Il y avait un choix. Dans la situation actuelle, il n’y a pas de choix, car nous nions le danger jihadique. Le seul danger [dit-on] vient de l’Amérique et d’Israël. Nous faisons une guerre médiatique à ces deux pays en attendant de passer à des actes plus violents : c’est tellement plus facile et si peu dangereux… Et nous la menons avec les armes de la lâcheté : la diffamation, la désinformation, la corruption de politiciens véreux.

Au temps de Munich, on pouvait envisager des batailles qu’on pouvait espérer gagner. Il y avait la ligne Maginot… Dans l’Europe d’aujourd’hui, dominée par l’esprit de la dhimmitude – la condition de soumission des Juifs et des Chrétiens sous domination islamique –, on ne livre pas bataille, parce que l’on s’est déjà soumis sans même se battre. Cet engrenage, qui fait de l’Europe le nouveau continent de la dhimmitude, s’est mis en marche depuis 30 ans, à l’instigation de la France.

Une politique ambitieuse s’était alors dessinée, la symbiose de l’Europe et des pays arabo-islamiques, une symbiose qui donnerait à l’Europe – et particulièrement à la France, moteur du projet – un poids et un prestige qui rivaliseraient avec celui de l’Amérique (2). Cette politique fut menée discrètement, en dehors des traités officiels, sous le nom bénin de Dialogue Euro-Arabe. Une association de parlementaires des pays de la CEE fut créée, en 1974, à Paris : l’Association Parlementaire pour la Coopération Euro-Arabe, chargée de gérer les aspects financiers, politiques, économiques, culturels et migratoires des relations euro-arabes, sous les auspices des chefs d’Etat européens et de leurs ministres des Affaires étrangères, en étroite association avec leurs homologues arabes, avec les représentants de la Commission Européenne et de la Ligue Arabe.

Cette stratégie, dont le but était la création d’un ensemble méditerranéen euro-arabe, ouvert à la libre circulation des personnes et des produits, a déterminé la politique d’immigration arabe dans la Communauté Européenne. Elle a aussi fixé, depuis 30 ans, toute la politique culturelle dans les écoles et les universités de la Communauté. Dès 1975, au Caire, à la première session du Dialogue Euro-Arabe menée par les ministres et les chefs d’Etats européens et arabes, et par les représentants de la Communauté Européenne et de la Ligue Arabe, des accords sont conclus concernant la diffusion et la promotion de l’Islam, de la langue et de la culture arabe en Europe, par la création de centres culturels arabes dans les villes européennes. D’autres accords suivront pour assurer une symbiose euro-arabe des universités, des médias, des syndicats de journalistes, de la presse écrite et audio-visuelle, d’écrivains, d’éditeurs, de producteurs de films, de transferts de technologies - y compris nucléaires - bref une fusion de tous les domaines culturels et médiatiques, ainsi que les avantages d’une diplomatie associative dans les forums internationaux.

Les Arabes mettaient des conditions à cette association :
1.                  une politique européenne séparée et opposée à celle de l’Amérique ;
2.                  la reconnaissance par l’Europe d’un peuple palestinien, et la création de la Palestine ;
3.                  le soutien européen à l’OLP ;
4.                  la désignation d’Arafat comme son seul et exclusif représentant ;
5.                  la délégitimation politique et historique d’Israël, la réduction de son territoire en un Etat non-viable, et l’arabisation de Jérusalem.
D’où la guerre européenne occulte contre Israël par le boycott économique et, dans certains cas, universitaire, par la diffamation et la propagation de l’antisionisme et de l’antisémitisme.

Durant trois décennies un nombre considérable d’accords non officiels entre les pays de la CEE, puis de l’UE, d’une part, et les pays de la Ligue Arabe, de l’autre, déterminèrent l’évolution de l’Europe et ses aspects politiques et culturels actuels. Je n’en citerai ici que quatre :
1.                  Il était prévu de donner une formation spéciale aux Européens appelés à avoir affaire aux immigrés arabes, afin de respecter leurs us et coutumes ;
2.                  les immigrés arabes resteraient sous le contrôle et les lois de leur pays d’origine ;
3.                  les livres d’histoire en Europe seraient rédigés par des équipes conjointes euro-arabes d’historiens – naturellement les batailles de Poitiers, de Lépante ou la Reconquista n’ont pas le même sens des deux côtés de la Méditerranée ;
4.                  l’enseignement de l’arabe et de la culture arabe et islamique serait donné dans les écoles et les universités européennes par des professeurs arabes et non-européens.



Aujourd’hui

Sur le plan politique, l’Europe a lié son sort aux pays arabes, elle est entrée dans la logique du jihad contre Israël et l’Amérique. Comment l’Europe pourrait-elle dénoncer la culture de haine jihadique qui exsude de ses alliés, alors qu’elle a tout fait, des années durant, pour activer le jihad, qu’elle couvre et justifie en prétendant que le danger provient de ceux qui résistent aux jihadistes arabes, ses alliés, qu’elle sert dans les instances internationales et par ses medias?

Sur le plan culturel, toute une réécriture de l’histoire a été entreprise, dès les années 1970, par les universités européennes. Ce processus fut entériné par le Conseil de l’Europe en septembre 1991, lors de son Assemblée Parlementaire sur «La Contribution de la civilisation islamique à la culture européenne». Il fut réaffimé par le président Chirac, dans son discours du 8 avril 1996, au Caire, bétonné par Romano Prodi, président de la Commission Européenne, et par la création d’une Fondation sur le Dialogue des Cultures et des Civilisations, qui gérera tout ce qui se dit, s’écrit et s’enseigne sur le nouveau continent Eurabia, qui embrasse toute l’Europe et les pays arabes.

La dhimmitude de l’Europe a commencé par la subversion de sa culture, de ses valeurs, la destruction de son histoire et son remplacement par la vision islamique de cette dernière, soutenue par le mythe de l’Andalousie. Eurabia a adopté la conception islamique de l’histoire, où l’Islam est une force de libération et de paix, et le jihad, une guerre juste. Ceux qui lui résistent, comme les Israéliens et les Américains, sont coupables, non ceux qui le font. C’est cette politique qui nous a inculqué l’esprit de la dhimmitude qui nous aveugle, nous insuffle la haine de nos propres valeurs et la volonté de détruire nos origines et notre histoire. "La grande supercherie, c'est de laisser croire à l'Europe qu'elle est de tradition judéo-chrétienne. C'est un mensonge absolu", a dit Tarik Ramadan (3). Nous haïssons George Bush parce que lui le croit encore. Comme ces Américains sont retardés !

L’esprit de la dhimmitude n’est pas seulement une soumission sans livrer bataille, pas même une reddition. C’est aussi la négation de son indignité par l’intégration de valeurs qui nous détruisent, c’est le mercenariat idéologique mis au service du jihad, c’est le tribut payé, de leur main et avec humiliation, par les contribuables européens dhimmis pour obtenir une fallacieuse sécurité, c’est la trahison des siens. Le dhimmi obtenait une sécurité éphémère et factice [en contrepartie des] services rendus à l’oppresseur, par la servilité et par la flatterie. C’est aujourd’hui la situation de l’Europe.

La dhimmitude n’est pas seulement un ensemble de lois abstraites inscrites dans la shari’a, mais aussi un ensemble de comportements développés par les dhimmis eux-mêmes pour s’adapter et survivre à l’oppression, à l’humiliation, à l’insécurité. Ceci a produit une mentalité particulière ainsi que des comportements sociaux et politiques essentiels à la survie de populations, d’une certaine façon toujours otages.

Les dhimmis sont des êtres inférieurs qui subissent l’humiliation et les agressions sans répondre. Leurs agresseurs jouissent de l’impunité que leur procurent leur haine, leur sentiment de supériorité et la protection de la loi. La culture de la dhimmitude, qui se répand en Europe, est celle de la haine, de l’impunité du crime contre les non-musulmans, importée des pays arabes avec le "palestinisme", la nouvelle sous-culture européenne, élevée au niveau d’un culte, étendard du combat exaltant de l’Union Européenne contre Israël.

A Munich, la France n’avait pas renoncé à sa culture, ni à son histoire : elle ne s’était pas germanisée, elle n’avait pas proclamé que la source de sa culture était la civilisation germanique.

L’esprit de la dhimmitude qui obscurcit aujourd’hui l’Europe découle non pas d’une situation imposée, mais d’un choix fait librement et systématiquement mené dans ses applications politiques depuis 30 ans.

Le grand islamologue et islamophile, William Montgomery Watt, décrivait ainsi la disparition du monde chrétien des pays arabisés dans son livre The Majesty that was Islam (1974) : «Il n’y eut rien là de tragique, ce fut une mort douce, un déphasement». Naturellement Montgomery Watt se trompait, ce fut une agonie extrêmement tragique, dont témoignent encore, au XXe siècle, le génocide des Arméniens, la résistance des Chrétiens au Liban dans les années 1970-80, et, depuis quelques décennies le génocide au Soudan, et le conflit israélo-arabe - qui n’est que l’un des éléments du combat millénaire des peuples épris de liberté contre la dhimmitude, de la dignité de l’homme contre l’esclavage, l’oppression et la haine. Mais cette observation de Montgomery Watt s’applique parfaitement à l’Europe d’aujourd’hui.
 
Bat Ye’or – Lire aussi impérativement :
 
Notes de l’auteur
(1) Je dois à Andrew Bostom, de m’avoir signalé les œuvres de Ch.-E. Dufourq.
(2) Pierre Lyautey (neveu du Maréchal) "Le nouveau rôle de la France en Orient", Comptes-rendus des séances de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer, 4 mai 1962, p. 176. voir aussi Jacques Frémeaux, Le monde arabe et la sécurité de la France depuis 1958, PUF, Paris 1995.
(3) Tariq Ramadan, "Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires”, Oumma.com, 3 octobre 2003 [Reproduit sur le site d’upjf.org :
www.upjf.org/detail.do?noArticle=6295&noCat=134&id_key=134#].
 
Lire sur : UPJF
 
par Ofek publié dans : Europe
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